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Avec Bruno Le Maire, l’avenir de l’agriculture, c’est la Ferme célébrité

Extrait du communiqué de presse du cabinet de Bruno Le Maire (en date du 15.02.2010)

Pascale Thomasson et Bertrand Magnien, agriculteurs savoyards et alénois, vont se sentir bien seuls au sein du groupe de réflexion « Demain l’agriculture » monté par Bruno Le Maire. Tout connaisseur de l’Europe que soit le ministre des paysans (Christian Estrosi s’était bien autoproclamé ministre des ouvriers…), le casting réuni pour répondre à la demande de débat du nouveau commissaire européen à l’agriculture, Dacian Ciolos, ressemble plus à un joli coup de la patronne d’Endemol qu’à un pool d’experts concernés et impliqués dans l’avenir de la PAC et le sort des agriculteurs.

Pas de raison de s’offusquer de la présence de Franck Riboud, pdg de Danone, du pdg du Crédit Agricole ou du président de la fédération des entreprises de distribution et de commerce du Medef : le poids de la grande distribution et de l’industrie agroalimentaire ne peut être négligé dans cette réflexion.

Mais pourquoi donner un siège Christine Kelly dans cette assemblée ? La régulation de la publicité alimentaire est-elle si importante dans le débat sur l’avenir des terroirs ? Même question pour Nicolas Vanier « voyageur, écrivain, auteur-réalisateur de films »… sur les loups et les trappeurs ! A moins que l’agriculture en soit arrivé à un tel point qu’il ne faille pas négliger le retour à la chasse et à la cueillette dans les scénarios futurs. Ou bien que l’alimentation devienne un luxe, ce qui expliquerait la présence des chefs des cuisines du Meurice et du Bristol. En tirant par les cheveux le problème de la spéculation sur les produits agricoles, on pourra comprendre la convocation de Jean-Pierre Jouyet, président de l’AMF… Mais rien n’excuse vraiment celle d’Erik Orsenna et d’Eric Le Boucher. A moins que, à la manière de la commission Attali, ces riches réflexions ne fassent l’objet d’une future publication aux éditions XO.

Au regard de ce panachage cravaté, les fils et petits fils de paysans en remercieraient presque l’évidente présence du présidence du Conseil de la FAO et de Marion Guillou, patronne de l’Inra. Pas un syndicat d’agriculteur, aucun théoricien des nouvelles techniques… J’aurais rêvé d’y voir un bonhomme avec la tronche burinée et savante d’André Pochon, défenseur de l’agriculture paysanne pour parler de ses porcs et de ses foins. Histoire d’amener un peu de terre sur le tapis trop propre de cette commission hors sol.

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Ces quotidiens serbes qui ne parlent (presque) pas de la neige quand elle tombe en hiver

Le Pape, seul flocon à la une du quotidien serbe Blic du 28 janvier, au lendemain de la tempête de neige ©SL

Quand nous sommes arrivés mardi 26 au soir de Sarajevo, les rues de Belgrade étaient sèches de toute intempérie. Le lendemain au levé, 10 centimètres d’une poudreuse veloutée recouvraient toute la ville : la neige n’a cessé de tomber qu’à 18 heures et recommencé dans la nuit. Jeudi matin, elle avait fondu et je m’avançais vers les kiosques pour voir les belles photos saturées de blanc sur toutes les manchettes. Et là, stupeur : pas un des quotidiens disponibles à proximité de la gare ou dans le quartier de la fac de philosophie ne titrait sur la tempête blanche de la veille. Le seul drap immaculé apparaissant sur les unes était la robe de Benoît XVI, invité par le nouveau Pope à visiter Belgrade.

En feuilletant Blic, quotidien national au bandeau rouge groseille, j’ai pu constater qu’il ne s’agissait pas d’un oubli mais bien d’un choix : les sapins chargés de neige apparaissaient bien dans le journal au côté des routes boueuses mais dans la rubrique Ekonomija et en page… 8 ! L’article traitait des décisions prises par le directeur de l’agence serbe pour l’énergie électrique (Elektroprivreda Srbjie, l’EDF local) pour réduire la consommation électrique après les pics de froid des derniers jours. Quant aux batailles de boules de neige en centre ville et au succès de la patinoire, elles se sont trouvées piteusement reléguées au milieu du cahier Belgrade, soit quelque part autour de la page 22… Des décisions techniques du président de la compagnie d’électricité et des divertissements hivernaux des Beogradi, pas d’échos en première page.

Au lieu de ça, une poignée de héros locaux : Novak Dokovic à l’Open d’Australie et son match contre Tsonga (orthographié Conga en serbe), le nouveau spectacle de Goran Bregovic, « Evrovizjiu »… et le dernier truand serbe à la mode, importateur de drogue latino-américaine, dont la puissance a éclaté au grand jour avec la découverte d’une cache d’armes débordante de Kalachnikovs. Mais, s’avançant sur toutes les premières pages, la figure pontificale écarte tous les artistes, truands et sportifs.

Quand nous avions quitté Belgrade, une semaine plus tôt, le nouveau Patriarche Irinej, même pas encore élu officiellement, concentrait les débats, de par sa réputation « d’iconoclaste » (sans mauvais jeu de mots). La première décision prise depuis son siège d’inviter le Pape dans la capitale serbe a par conséquent été perçue comme un signal fort, à même de modifier le positionnement dans le monde chrétien d’un pays dont l’identité nationale dans l’ère « post-Yougoslave » est fortement liée à l’appartenance religieuse. Une nouveauté, une info. Le genre de chose qui évite de se laisser étonner quand la neige tombe en janvier…

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Pour 5 dinars de moins… une pièce du puzzle Yougoslave disparaît

A plusieurs reprises à Belgrade, les commerçants parlant anglais m’ont prévenu en me rendant la monnaie en pièce de 1, 2 ou 5 dinars : « ça ne vaut rien, vous ne pourrez rien acheter avec ça. » Une mise en garde relevant un peu de la moquerie (sympa le boutiquier qui vous refile de la caillasse sans valeur) mais plutôt utile quand on doit jongler entre trois monnaies différentes aux ressemblances parfois confondantes…

Deux pièces de 5 dinars : à gauche, celle de la "République Serbe de Yougoslavie", à droite, celle de la "République Serbe"

Quand j’ai recroisé Romain, Stéphanois en Erasmus à Brno rencontré dans le train venant de Sarajevo, il avait été prévenu sur la monnaie mais d’autre chose : « cette pièce n’est plus acceptée en Serbie depuis quelques jours. » Dans sa main, 5 dinars, comme les miens, à la seule différence qu’au lieu du blason serbe, ils portaient le bouclier frappé de l’aigle à deux têtes de la Yougoslavie et la mention « SR Jugoslavjia » (République serbe de Yougoslavie).

La République Serbe n’aura plus de mention de son passé yougoslave sur sa monnaie. La pièce que m’a montré Romain datait de 1998, avant les bombardements de l’Otan. « Vous pouvez toujours acheter le journal ou des cigares avec, » lui a dit la commerçante pour le consoler de ses pièces sans valeur. Comme si le journal et les cigares continuaient, tous seuls dans leurs kiosques, à être un peu yougoslaves à leur manière. En entendant ça, j’ai levé les yeux au ciel et y ait trouvé un panneau étrange en haut d’un immeuble jouxtant la place de l’hôtel de ville : Yugoslavjia Publik, Publik était entourré d’un néon. Je ne l’ai pas vu s’allumer à la tombée de la nuit.

L'immeuble de Jugoslavjia Publik, à côté de la place de l'Hôtel de Ville de Belgrade.

  • Par parenthèse : pour ceux qui se posent la question, le taux de change du dinar serbe est de 97 dinars pour 1 euros (environ)… Donc, 5 dinars équivalent à 5 centimes d’euros. Une broutille mais pas non plus tant que ça : Blic, l’un des gros quotidiens nationaux, est vendu 25 dinars et les paquets de cigarette de marque nationale en 70 et 90 dinars (150 à 160 pour un paquet Marlboro). Les prix aux caisses sont parfois d’une précision déconcertantes : j’ai acheté hier une bouteille d’eau VodaVoda à 35,67 dinars. Une précision d’autant plus absurde que, autant que j’ai pu le voir, il n’y a pas de pièce en centimes de dinars… Parenthèse fermée.

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Ces tampons croates qui dégueulassent les passeports…

En dehors d’un visa hongkongais daté de 2004, mon passeport ne comportait jusqu’ici que des tampons de la douane croate, frappés lors de mes voyages en train à Budapest : même si je revenais trois jours après les coups rageurs des policiers, j’avais de nouveau droit à un tampon pour l’entrée (Savski Marof), un pour la sortie (Koprivnica). Chaque voyage en Hongrie me rapportait donc 4 tampons croates. Mon reportage dans les Balkans (aller retour Zagreb-Belgrade + aller retour Belgrade-Sarajevo via la Croatie) m’en aura valu 8 de plus. Or, je déteste le tampon de la douane croate.

Les pages 6 et 7 de mon passeport, fraîchement vandalisées par la douane croate. ©SL

Rien contre la forme même du timbre de douane : un rectangle tressé autour des mentions REPUBLIKA HRVATSKA, de la date du jour et d’un petit train suivi du poste de contrôle. Non, ce qui m’exècre dans ce tampon, c’est son encre noire poisseuse et pénétrante. Elle bave, tache, salit les pages de mon passeport presque vièrge de voyageur débutant intra Schengen. Le 28 juillet 2008, lors de mon dernier voyage à Budapest, un douanier n’a rien trouvé mieux que de m’en coler un en plein milieu de la page 16, alors que les dix précédentes étaient inutilisées : l’encre a saisi le papier, qui l’a bu jusqu’à le vomir sur la page 17, transpirant une graisse verte à travers la trame… Résultat : une tâche verte est apparue, comme l’ombre du crime, sur la page 15, déjà défigurée par le timbre aposé trois jours plus tôt au même poste de douane…

Tamponnage d'orfèvres des douaniers du Caucase sur le passeport de Christina, voyageuse allemande. ©SL

Et si seulement les consciencieux tamponneurs visaient juste. Christina, Allemande travaillant et voyageant en Russie, m’a montré sur son passeport les six petits casiers verts des tampons des douaniers arméniens et géorgiens empilés par ordre chronologique sur une même page. De l’orfèvrerie du travail des douanes dont seule l’image peut restitué l’art. Las, les douaniers croates utilisent l’encre en artilleurs : tête en haut, tête en bas, en diagonal, milieu de page, etc. Une cacophonie de visas, où les dates se chevauchent, rendant impossible de retracer la route entre les postes frontières…  Victoire de la bureaucratie : seule les douaniers finissent pas être capable de déchiffrer leur oeuvre.

  • Par parenthèse : l’exception confirmant la règle, je tiens à remercier le douanier de Tovarnik qui ce mardi 26 janvier, non content de m’avoir sourit en me tendant mon passeport timbré, a aposé un geste leste, délivrant la quantité parfaitement adéquate d’encre sur le papier meurtri de mon document de voyage, qui plus est, avec une horizontalité plus que respectable pour un homme debout dans un couloir glacial. Et, à ceux qui se poseraient la question : oui, c’est ma main gauche qui tient le passeport. Parenthèse refermée.

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Promenade entre les tombes à Sarajevo

Monument aux enfants morts face au centre commercial BBI de Sarajevo. ©SL

Impossible de faire le plus petit panorama de Sarajevo sans y voir les tombes. Partout où le terrain est un peu dégagé, des cimetières improvisés s’étalent : pierres musulmanes blanches aux sommets enturbannés ou non, surmontées d’un cône ou d’une boule pour les militaires réunis dans des carrés de buis, en bois sombre et croissant de plastique pour les morts des années 2000… Mais la plupart de celles croisées en ville portent les dates du siège et de ses victimes : 1992, 1993, 1994 et 1995. Et les dates de naissances ne s’en éloignent souvent pas de plus de 25 ans. Parfois même moins.

Un quinquagénaire nous a abordé alors que nous nous penchions sur la plaque d’un monument en verre face à l’immeuble de la Bosnian Bank International : « c’est pour les enfants de Sarajevo morts pendant le siège : un pied pour chaque enfant. » Impossible de compter d’un coup d’œil les empreintes de pas sur la plaque de métal qui entourait le monument : 1500 selon notre guide de passage. Il a levé le doigt, nous a montré l’espace entre les tours, les collines d’où tiraient les snipers et les mortiers et puis nous a remercié en partant. De rien. Autour du monument, un parc en pente est semé de dents blanches et d’un carré de tombes militaires, juste en face d’un centre commercial de 5 étages, 3 étages de parking souterrain, 5 cafés et des dizaines de boutiques de fringues où les familles bosniaques viennent faire leur shopping par du lundi au samedi.

Des collines au sud de Sarajevo descendent d'autres cimetières. ©SL

« Ils ont enterrés les gens où ils pouvaient et surtout là où il y avait de la place, nous a expliqué Aida, jeune Bosniaque présentée par un ami qui avait couvert le conflit. Les parcs, les jardins, partout… » Au Nord Ouest, derrière la colline d’où surgit la tour Avaz, le quartier olympique est devenu une nécropole : au pied de la tour portant le logo officiel des jeux olympiques de 1984, les terrains de tennis ont été semés de tombes, veillées par une chapelle. Les pierres musulmanes se mélangent ici aux dalles chrétiennes, aux chapelets posés sur des croix… Un muret et ce sont des terrains de foot où les gamins font des tirs aux buts pendant qu’un athlète s’étire après son entraînement.

De loin, on ne distingue pas les maisons trépanées par des tirs d’obus : les collines de Sarajevo sous la nappe de neige de la fin janvier ressemblent à des villages savoyards. Passé une superette, la route que nous montons pour trouver un point de vue avec Sébastien n’est qu’une longue allée goudronnée entre deux grillages bas délimitant les lacs blancs des cimetières.

Au Nord Est, au pied de l'une des cinq anciennes casernes de la ville. ©SL

Venant du pied de la colline, une Volkswagen hors Argus à la peinture écaillée tire le frein à main sur le bord de la route. Un homme en sort en manteau et cueille un gamin à l’arrière qu’il porte jusqu’au grillage, suivi par une femme. Il tire la capuche du petit et tend le doigt en direction du cimetière avant de la caler sous son épaule. Quelques dizaines de secondes plus tard, la petite famille referme ses portières et la voiture redémarre pour finir son ascension de la côte. Ils rendaient hommage, au passage, avec le naturel de ceux qui vivent au milieu de leurs morts.

Impossible de faire le plus petit panorama de Sarajevo sans y voir les tombes. Partout où le terrain est un peu dégagé, des cimetières improvisés s’étalent : pierres musulmanes blanches aux sommets enturbannés ou non, surmontées d’un cône ou d’une boule pour les militaires réunis dans des carrés de buis, en bois sombre et croissant de plastique pour les morts des années 2000… Mais la plupart de celles croisées en ville portent les dates du siège : 1992, 1993, 1994 et 1995. Et les dates de naissances ne s’en éloignent souvent pas de plus de 25 ans. Parfois même moins.

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Une soirée devant le JT de la première chaîne serbe

Nebojsa est un vrai ex-journaliste serbe : il passe ses soirées devant les chaînes d’info continue en buvant du café « domestique », comprendre « à la serbe » (eau chauffée à laquelle le café est ajouté avec une deuxième cuisson puis servit dans la tasse avec le marc). Nous sommes arrivé, jeudi 21 janvier, à la troisième tasse de la soirée, « il faut que je regarde quelque chose d’important au journal de la 1ère chaîne », nous a-t-il prévenu. Il nous a servit, à Sébastien et moi, un jus de cerise « domestique », lui aussi : un concentré préparé par sa mère, du côté de Nis. Il change de chaîne. La présentatrice est blonde et froide, le plateau sobre, il est 19h30 sur RTS 1 (télé publique serbe, à ne pas confondre avec son équivalent sénégalais).

Des images de pompes à essence et d’ouvrier du bâtiments clopant à un balcon : la taxe sur l’essence va être relevée de 10% et celle sur les cigarettes et l’alcool de 1,58%. « Nous sommes le pays des Balkans qui taxe le plus l’essence », raconte Nebojsa en posant sa clope pendant que la caméra suit des évadés fiscaux partis faire leur plein au Monténégro ou en Croatie. Un type en cravate explique, sur fond d’infographies, que le problème du change euro/dollar (monnaie d’achat du pétrole) se répercute sur le taux de change euro/dinar serbe.

Deuxième sujet : le dernier larçin à la mode, le « pipeline highkacking ». Pris en flag sur des images floues, un petit truand dévisse avec une grosse clé une bouche du tuyau pour pomper à la source avant de se faire choper comme un pickpocket, mains dans le dos, par la police nationale.

Le héros du sujet suivant a une vraie tête de mercenaire : le GIGN serbe a défoncé portes et fenêtres d’une propriété qui devaient abbriter le Tony Montana national, dont je n’ai pas réussi à saisir le nom. En décembre 2009, deux tonnes de cocaïne avaient été saisies en Uruguay, l’équivalent de 250 millions de dollars américains de marchandise, étiquettées à destination de la Serbie. Le gangster était le commanditaire. Et son envergure international lui octroie le droit à la légende, dont Nebojsa m’informe comme si une caméra nous scrutait, la main masquant sa bouche : « certains disent qu’ils seraient lié à la Mafia russe. »

Vient le débat sur une loi pour un parc immobilier locatif à prix raisonnable. Cinquième sujet : l’élection du patriarche de Belgrade, personnage très influent politiquement. Haïti n’arrive que septième sujet dans le JT, doublé à l’arrivé par des propos du président croate sortant, Stipe Mesic, qui a déclaré à des journalistes envisager une intervention militaires les serbes de Bosnie s’ils venaient à déclarer leur indépendance. Pour un peu, la perspective d’une intervention militaire croate en Bosnie auraient été éclipsée par les exploits de Novak Djokovic à l’Open d’Australie, qui fait l’ouverture de toutes les chaînes d’info continue. « Tous les gamins font du tennis maintenant : c’est un modèle pour les jeunes serbes ! » Coup de bol que les jeunes serbes n’arrivent devant l’écran qu’à la fin du journal télévisé pour choisir leur vocation.

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« Interdit aux Chinois ne parlant pas italien »

Une d'Il Gazzettino du 20 janvier 2010 sur le comptoir du bar Due Ruote

Lu dans Il Gazzettino (quotidien du Nord-Est de l’Italie) : un commerçant d’Empoli (Toscane) a disposé dans sa vitrine un panneau de mise en garde « Interdit aux Chinois ne parlant pas italien ». Retiré par la police, la pancarte a été revendiqué comme une « provocation » par son auteur, qui assure ne pas être raciste. Sa cible ? Les Chinois qui « n’achètent rien et viennent apprendre les techniques de vente », selon le commerçant, dont le maire a demandé de faire retirer la patente. La mode a depuis été lancée dans la ville où les boutiquiers affichent des panneaux du genre « entrée interdite aux Américains ne parlant pas polonais » ou « entrée interdite aux Suisses ne parlant pas arabe » (on appréciera cette blague à l’aune du très discret référendum sur les minarets).

Si la Calabre gère la question des immigrés africains avec des méthodes pour le moins expéditives, en accord avec l’ambiance malsaine qui y règne, les autorités du Nord se dépatouillent pour leur part avec l’immigration chinoise clandestine à coup de « maxiblitz » (expression paraissant si courante au fil des articles qu’elle n’est même pas expliquée, toute juste mise en italique). L’article d’Il Gazzettino rapporte ainsi qu’un de ces contrôles massifs opérés par la police de Prato (Toscane) a donné lieu à « l’identification » de 196 Chinois dans le centre de la ville. 65 étaient clandestins. L’article ne dit pas d’où ils venaient, ce qu’ils faisaient là, ni ce qu’on a fait d’eux. Ni s’ils parlaient italiens.

  • Par parenthèse, l’anecdote, lue quelques minutes après avoir fini le troisième chapître de Gomorra, de Roberto Saviano, prend une saveur particulière.  Xian, « entrepreneur » chinois installé dans le port de Naples, y débauche Pasquale, un couturier italien de génie, pour apprendre les techniques de production des ateliers clandestins de Campanie qui fournissent Gucci, Emporio et cie. et leur voler le créneau. Différence notable : Xian, Pasquale et leurs amis gravitent dans la zone grise de l’économie, là où le boutiquier épolien et ses « cloneurs » chinois ne tournent a priori qu’autour d’une petite clientèle de locaux et de touristes. A une échelle pareille, le contre-espionnage industriel n’a aucune raison de se parer d’argument aussi grotesques et douteux… Parenthèse refermée.

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Le mirage de la Sérénissime numérique

L’article du Corriere del Veneto avait le charme d’une promesse intenable : un réseau « citadin numérique » composé de points Wifi dispersés dans tout Venise permettrait, dès l’automne 2009, aux résidents (gratuitement) et aux touristes (contre une « somme modique ») de se connecter sans fil de San Marco ou du Ghetto.

Mais dès le point d’information de la gare Santa Lucia, la beauté du projet est dissipée par la voix de la guichetière : « il faut appeler au moins une semaine à l’avance pour réserver un identifiant. » Ni passe journalier, ni brochure, pas même une carte indiquant les points d’accès de la Cittadinanza Digitale : « ils sont vraiment très rares dans la ville… Essayez du côté du Rialto ! »

Pub pour "Venise connected" placardée sur un bureau de l'office du Tourisme près de la place Saint Marc.

A côté du terminal de bus, le serveur du Bar 2 Ruote enterre ce qui restait de bénéfice au doute : « il y a eu beaucoup de publicité mais, au final, ils n’ont activé que quelques bornes et il faut vraiment se mettre pile en dessous pour que ça marche. » Quant au Wifi citadin, il ne s’est même pas inscrit sur le site pour bénéficier de son code : « ils en ont beaucoup parlé pendant l’été mais ça n’a pas l’air de marcher si bien que ça, finit-il de critiquer. Vous pouvez toujours tenter le coup du côté du Rialto ! » A croire que l’endroit est le seul à avoir vraiment été connecté : cerné de touriste, dégeulant d’appareils photo tendus vers des sourires en premier plan du Grand Canal… Bref, le dernier endroit d’où on aurait l’envie de se connecter !

La demande de mot de passe de Cittadinanza Digitale : une impasse si on n'a pas réservé trois jours avant minimum !

Renseignements pris en toute bonne foi, il y a plus de points d’accès que ça : dans un café du quartier San Stefano, j’ai même réussi à avoir la page d’identification ! Après, évidemment, impossible d’aller plus loin : sur le site Cittadinanza Digitale, on apprend que, pour finaliser l’inscription nécessite un numéro de puce Imob ou un numéro de portable… italien ! En outre, le service est réservé à ceux des clients qui auront d’abord acheté un produit sur Venice Connected : place de concert, pass Vaporetto ou autres… Que les petits cons voulant juste se connecter à Internet (5€ la journée, tout de même, ça fait cher la somme modique, même si on descend à 15€ la semaine) passent leurs chemins. Quant aux indications données à l’office du tourisme, elles sont tout simplement fausses : le délai indiqué ici est de trois jours. Bref, les employés de l’office du tourisme comme les Vénitiens ignorent comment le système fonctionne,  l’inscription en ligne est obscure et réservée aux propriétaires d’un numéro italien… Les vidéoconférences sur la Piazza Roma resteront donc un privilège national  : Venise ne peut pas faire rêver tout le temps !

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Mode d’emploi de mes nouveaux projets

Je me suis foutu dehors tout seul, pour voir. Trois belles années de gros boulot après être rentré chez Marianne, je me suis dit que c’était une bonne occasion d’aller expérimenter ce que tout ce temps passé sur Internet et surtout des centaines de discussions avec des journalistes, des lecteurs et des passionnés m’ont amené à imaginer sur ce qui pourrait être fait d’autre en matière de journalisme sur le web. J’ai donc négocié mon départ de chez Marianne, quitté, à regret, une équipe bien soudée et commencé à réfléchir sur quoi bâtir mon projet. Depuis des mois que je plaide au Djiin pour un « journalisme web créatif », il était temps de se mettre au clavier.En marge de mes piges, de mes cours et de mes activités associatives (Association des journalistes européens) et para associatives (Djiin), je continuerai d’utiliser Twitter et Facebook pour le microblogging, Delicious et Pearltrees pour les liens. Mais j’y ajouterai un blog (opérationnel sous peu) pour faire de « l’info de complément » ou exploiter le caractère sérendipitique de la pratique journalistique. Je m’explique :

-pour certains papiers, il faut des carnets entiers de notes dont ne sont finalement extraites (pour des questions de place et de lisibilité) que quelques lignes. Tout le reste est perdu au lecteur, même ce qui aurait mérité d’y figurer : dans mes tiroirs, comme dans ceux des confrères, s’entassent des kilomètres d’infos, comme les tas de chutes de bois devant les menuiseries. En plus de cela, il y a tout ce dont on ne parle jamais, tout ce qui relève du décor de l’enquête, des lieux, des rencontres, des attitudes, de la « fabrique »… mais qui, pour celui qu’intéresse le sujet, relève de l’information. Au fil de mes articles, je ferai glisser de mes carnets des infos de complément qui me semblent en valoir la peine, en indiquant, ou non, le papier publié à laquelle il se rapporte, tant que cela ne va pas contre la politique éditoriale des médias pour lesquels les papiers seront publiés.

-à côté du travail journalistique lui-même, il y a tout le reste : les événements auxquels on assiste « parce qu’on est là », dans un pays étranger ou dans un lieu particulier. Je revenais d’une université d’été par la gare de Lyon et, par dessus les escaliers de la bouche de métro au bout de ma rue, on avait tiré une banderole écrite en arabe autour de laquelle manifestait des dizaines de personnes, brandissant des portraits d’un type qui m’était inconnu (j’avais, tout de même, reconnu un drapeau tunisien). Impossible d’intégrer cet élément dans mon papier, avec lequel il n’a aucun rapport. Pourtant, à quelques questions près, j’avais face à moi un bout d’info que peu d’agences ou médias auront pu relayer. Il s’est perdu. J’essaierai que les autres atterrissent sur mon blog.

Ces mini-reportages, portraits, interviews… je les réaliserai en témoin direct : le but de mon blog n’est pas de raconter ma petite vie de journaliste mais de relayer ce qui, dans la pratique de mon métier, relève à un niveau ou à un autre de l’information. Pour ce faire, j’utiliserai bien sûr l’écrit mais aussi le son (via des podcasts de conversations, d’ambiances…) et la photo (sur FlickR). Je choisis d’emblée de ne pas utiliser la vidéo qui demande une mise en scène contraire à mon postulat de départ et des moyens techniques dont je ne veux pas m’alourdir, en terme de temps et de poids. Car je compte bien profiter de cette nouvelle situation pour bouger.

Si je passerai la majeure partie de mon temps à Paris (où se trouvent la plupart des médias pour qui je vais travailler), j’ai en tête un certain nombre de lieux, plus ou moins lointains, où ma curiosité et les invitations m’appellent. Là encore, dans un soucis de cohérence, je ne m’y rendrai qu’en transport doux : autostop, bus, train, bateau, vélo… Tout sauf l’avion, quelle que soit la distance.

A mon départ de Marianne, entre autres conseils, j’ai reçu celui de m’attacher à mes principes, car ils font « ma spécificité et ma force ». Il y a, parmi eux, une exigence écologique qui m’amène à faire tendre mon mode de vie vers une consommation moindre et des comportements moins nocifs. Dans le cas des déplacements, cela va de pair avec une conception du voyage qui fait du trajet un élément à part entière de l’aventure. Chacun de ces déplacements « lents » sera l’occasion de rencontres, de découvertes, d’interrogations qui alimenteront le blog, au titre des informations sérendipitiques.

Il n’y a pour l’instant aucun modèle économique à tout ça sinon celui consistant à travailler pour des supports rémunérateurs en entretenant, à la marge et sans profit, ce projet. Il n’y a qu’une envie de « tenter le coup », de me donner la liberté d’essayer ce que j’ai énuméré ci-dessus et d’autres choses encore que je trouverai en chemin afin de chercher, de manière expérimentale, une autre façon de faire mon métier que je ne l’ai fait jusqu’ici, un peu plus proche du web, de ses lecteurs et de ses possibilités. Un peu plus proche, aussi, de l’idée que je m’en fais. Et je n’ai qu’une impatience : de m’y mettre le plus vite possible !

Dans l’attente de vos suggestions, critiques et remarques, je vous annonce déjà mon départ entre le 19 et le 20 janvier de la gare de Bercy pour Venise : direction l’ex-Yougoslavie. Je reviendrai bien vite sur les préparatifs de ce premier voyage.

Excellente année 2010 à tous et beaucoup d’infos, de découvertes, de rencontres et d’émerveillement pour vous sur Net et dans la vie réelle !

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